Laurent Bouneau : le "Boss" de l'ombre du rap français

​S'il y avait un mont Rushmore de l'industrie musicale urbaine en France, son visage y serait sans doute gravé, juste à côté des légendes du micro. Pourtant, Laurent Bouneau n'a jamais posé un couplet. À 60 ans, le directeur des programmes de Skyrock reste la figure la plus influente — et parfois la plus contestée — du milieu.

​L'architecte du "Premier sur le Rap"

​Rien ne prédestinait ce Parisien, entré comme stagiaire à la fin des années 80, à devenir le pivot d'une culture de rue dont il n'est pas issu. Mais Bouneau possède un flair chirurgical. En 1996, face à une concurrence féroce sur la bande FM, il prend un pari risqué : transformer une radio généraliste en temple du hip-hop. ​Le succès est immédiat. En quelques années, "Sky" devient le passage obligé. De l'ascension de IAM et NTM à l'explosion de Booba ou Jul, Laurent Bouneau a validé les playlists qui ont rythmé la jeunesse française de ces trois dernières décennies.

​Un pouvoir qui divise

Mais être le "gardien du temple" ne se fait pas sans heurts. Dans un milieu où l'authenticité est reine, son image de cadre en costume-cravate tranchant sur le succès des artistes agace. Il est celui qui peut transformer un titre en tube national ou, au contraire, laisser un talent dans l'anonymat des ondes. ​"Je ne suis pas un critique musical, je suis un programmateur. Mon but, c'est l'audience et l'air du temps," aime-t-il rappeler. ​Ses joutes verbales avec certains rappeurs (notamment Booba) sont devenues légendaires, illustrant la tension permanente entre la "rue" et le "business". Pourtant, même ses détracteurs lui reconnaissent une chose : sans sa ténacité, le rap n'aurait peut-être pas acquis cette place de musique numéro 1 en France.

​L'adaptation comme survie

​À l'ère du streaming et d'algorithmes tout-puissants, Laurent Bouneau n'a pas lâché le morceau. Il a su digitaliser la marque Skyrock, faisant de l'émission Planète Rap un contenu viral sur YouTube et les réseaux sociaux. ​Malgré les critiques sur une playlist parfois jugée trop "formatée", Laurent Bouneau reste ce chef d'orchestre imperturbable. Il continue de scruter les chiffres, d'écouter les maquettes et de décider, chaque semaine, de ce que la France fredonnera demain.